
C’était le 16 avril de l’an 1976, il faisait doux à Avignon et le mistral était tombé… dans la petite rue Figuière, le premier Utopia allait recevoir son premier spectateur dans la chapelle transformée en cinoche au rez-de-chaussée de l’Institut américain. Pour fêter la chose, on avait sorti nappes blanches et chan- deliers, assumant en rigolant un buffet riquiqui résumé à quelques bouteilles de sodas et quatre pains d’épices… Les caisses étaient vides, le compte bloqué à la banque, et on comptait bien sur l’achat des tous premiers abonnements par les tous premiers spectateurs pour couvrir le compte du copain Jean-Pierre, qui était allé chercher à la gare le tout premier film programmé – envoyé contre remboursement d’un minimum garanti par un distributeur méfiant (Utopia n’était pas en odeur de sainteté chez ces gens-là, ça ne s’est qu’à peine arrangé)…
La sempiternelle « crise du cinéma » pointait déjà son nez, mais on y croyait dur comme fer : non seulement on allait survivre, mais on allait tous les enterrer, ces fossoyeurs d’utopies, ces empêcheurs de rêver en rond. Bien sûr, ça ne s’est pas passé exactement comme ça. On ne va pas vous la refaire ! Si, par extraordinaire, vous avez zappé l’édito de la gazette de janvier il vous suffit de télécharger la gazette n° 453 sur notre tout nouveau site et vous saurez tout (ou presque) sur l’histoire d’Utopia…
Et si votre soif de connaissance n’est pas rassasiée, vous pouvez vous procurer (aux éditions Warm) le super petit bouquin de Michael Bourgatte Utopia : une utopie culturelle ? Histoire d’un cinéma alternatif qui raconte nos vingt premières années (en vente à la Crognotte rieuse ou à la caisse du ciné)… Pour les acharnés, on signale aussi, édité par l’Institut Jean Vigo, Utopia à la recherche d’un cinéma alternatif, œuvre de jeunesse (1994 !) d’Olivier Alexandre désormais abondamment médiatisé pour ses formidables travaux sur la culture et le numérique (cf : la Tech : quand la Silicon Valley refait le monde). Et bien sûr le formidable film de Francis Fourcou J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma… celui de Julien Féret réalisé à l’occasion de la sortie du merveilleux film de René Féret Rue du retrait… Et au bout du compte, comme on le scande avec nos gamins dans les manifs : « on est là ! »
Alors ? Cinquante ans après, on jubile ?
Désormais porté par sa cinquantaine de salariés pour la plupart coopérateurs, les 7 (bientôt 8) cinémas estampillés « Utopia » continuent leur longue marche, comme dit Nanni Moretti Vers un avenir radieux… Les Utopia, juridiquement indépendants les uns des autres, qui fonctionnent sans subventions (mon bon !), continuent à revendiquer leur liberté éditoriale, fidèles à l’esprit des origines, portés par la même inébranlable conviction : que s’il ne saurait suffire à changer le monde, le cinéma peut au moins contribuer à résister aux sombres menaces qui pèsent sur la liberté d’expression et d’information…
Une structure commune toute récente, qu’on a baptisée La part des anges, fédère les équipes autour d’une charte qui définit les engagements auxquelles souscrivent les salles Utopia : « offrir le meilleur du cinéma au plus grand nombre, sans faire de concession à des produits mercantiles et décervelants, en refusant publicité et produits nuisibles pour la santé… »
La part des anges coordonne une programmation nourrie par les choix des différentes équipes dans une concertation permanente, produit environ toutes les cinq semaines pour chacune des salles cette indispensable gazette au papier recyclé qui, au fil du temps s’est étoffée des écrits des uns et des autres, fichtrement subjective, toujours sincère, parfois polémique (et c’est tant mieux car sans confrontation l’esprit humain se ratatine)
La part des anges, c’est encore une mutualisation des moyens, c’est pour épauler les salles ; c’est aussi la gestion solidaire d’un « fonds de soutien » commun – et encore plein d’autres choses en devenir…
Certes, fonctionner sous forme coopérative est un exercice permanent de démocratie dont chacun sait qu’elle n’est pas le mode de gestion le plus facile – mais qui peut nourrir une formidable force, rendre plus imaginatifs, aboutir à la vision globale qui donne âme et sens à une entreprise collective. « Frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui », comme disait l’humaniste Montaigne, est générateur de force, d’épanouissement, de pérennité…
Dans un monde en quête de sens, où le « chacun pour soi » semble triompher, tenter d’entretenir un esprit de solidarité, se soucier de l’intérêt collectif est une forme de résistance à l’air du temps… Les vents mauvais soufflent en tempête partout, et, dans le sillage des difficultés engendrées par la période covid, aggravées par les crises récentes, vous vous doutez qu’il n’est pas facile de tenir le cap… Et pourtant : on est reparti, sabre au clair à l’assaut des moulins. Dans les quartiers nords de Toulouse, le plus beau et le plus chouette des cinémas installés dans un cube de béton. À côté de Troyes, à Pont-Sainte-Marie, le tout premier cinéma éco-responsable qui explose gaillardement toutes les normes environnementales.
Et il se bat comme diable dans un bénitier pour exister dans un quartier en construction.
Et tenez-vous bien : cet automne, sur les hauteurs de la rive droite de Bordeaux, au beau milieu d’un parc et à deux pas du Rocher de Palmer, la mythique salle de concert de Cenon, les camarades d’Utopia Bordeaux ouvrent un nouveau ciné – oui, madame la Marquise – dans un château ! Après la chapelle Saint Antoine d’Avignon, l’église Saint Siméon de Bordeaux, cette folie, créée à la demande de la Mairie, nous fait rêver d’avance… on vous en a déjà causé, on en reparlera bien sûr. Et tout ça alors qu’on nous annonce à nouveau, à grand renfort de trompettes, l’énième mort du petit cheval. Alors, spectatrices adorées,
PROGRAMME DES FESTIVITÉS
En salle à 18h30 à la Manutention : avant-premières de films que nous allons découvrir au Festival de Cannes (ou ailleurs !). Dès que nous aurons les titres nous les communiquerons par affichage au cinéma et sur notre tout nouveau site internet… Vente des places à partir du 9 juin.
Direction la cour Maria Casarès pour trinquer tous ensemble sous le micocoulier. L’apéro sera concocté par les membres des équipes des sept Utopia venus tout spécialement fêter à l’unisson le jubilé.
Flore Benguigui, ancienne élève du lycée Mistral en spécialité cinéma (tiens donc !) revient à Avignon avec ses compagnons de The sensible note pour un concert organisé avec nos amis et voisins de l’AJMI…
« C’est du jazz, mais c’est marrant ! » Flore Benguigui transforme chaque concert en terrain de jeu : swing des années 30, synthés des années 70, impros et énergie communicative.
Pour cette soirée nous vous offrirons donc l’apéro, charge à vous de venir avec votre pique-nique, des tables seront installées sous le micocoulier…
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