Little trouble girls

Réalisation : Réalisé par Urška DJUKIĆ
Casting : avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković, Nataša Burger
Scénario : Scénario d’Urška Djukić et Marina Gumzi

Type de film : Fiction
Pays : Slovénie
Année : 2025
Durée : 90 mn
Version : VOST

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Lucija a seize ans. Comme pour toutes les filles de son âge, c’est le printemps des émotions, de l’explosion des sensations, de l’ébullition du corps. Or, pour Lucia, élevée dans une famille catholique relativement prude, pour ne pas dire drastiquement austère, cet éveil est complètement bouleversant, incongru, saisissant et mystérieux, pas vraiment sien et pourtant pas totalement étranger, comme si son être se dévoilait.
Lorsqu’elle intègre la chorale de son école – de filles naturellement –, elle fait la connaissance de jeunes filles beaucoup plus extraverties qu’elle, dont la pétillante et séduisante Ana-Maria. C’est en leur compagnie et celle du professeur de chant qu’elle part à la campagne, dans un couvent sagement retiré de toute sollicitation, pour parfaire l’unisson de leur chœur et harmoniser leurs voix en vue d’un futur concours.
Quand elles arrivent sur place, les filles découvrent qu’une partie du couvent est en chantier. Un chantier mené par des hommes qui travaillent sous un soleil de plomb, et qui vont se baigner à la rivière toute proche lors de leur temps libre… Cette présence masculine titille certes nos adolescentes les plus délurées, mais pour Lucija, cet événement est à mettre à la même hauteur que l’apprentissage du baiser sur sa main, le nombril dénudé d’Ana-Maria, la statue d’albâtre de la Sainte Vierge, le jeu d’action ou vérité avec ses amies… un éventail d’infimes détails dans lesquels va se loger tout l’émoi sensuel de notre héroïne encore impubère.

La réalisatrice slovène Urška Djukić nous offre un (premier) film d’apprentissage d’une grâce et d’une beauté tout en délicatesse. Elle réussit à composer une mosaïque de désir et de honte riche et nuancée, qui restitue parfaitement ce qu’on peut ressentir quand on est une fille de seize ans : chaque moment d’intimité est la fois significatif et léger, terriblement urgent et éphémère. Elle aborde frontalement les enjeux liés à la culpabilité catholique, aux injonctions adressées aux « bonnes filles », à la sexualité taboue – thèmes qui trouvent un écho particulier dans cette chorale filmée comme une communauté régulée par le rituel, la discipline et la douceur factice. Le choix de créer spécialement pour le tournage une véritable chorale, entraînée pendant des mois, confère une authenticité vibrante aux scènes de chant, lors desquelles la puissance collective des voix se double d’une exploration des désirs individuels. Quant au monastère des Ursulines, à Cividale del Friuli dans le Frioul italien, lui-même réellement en chantier quand Urška Djukić a commencé à tourner, il se prête magnifiquement bien à la situation.
Au final, il y a quelque chose de radicalement sincère dans la manière dont Little trouble girls met le sexe et le péché sur le même plan en refusant de les départager, ni pour nous, ni pour Lucija. Car nous sommes littéralement pris dans chaque plan et par chaque geste de la jeune héroïne, formidablement interprétée par Jara Sofija Ostan. Ici, malgré le carcan de l’éducation catholique, dans ce décor à la fois solennel, sobre et tellement réel, le visage et le corps de Lucija s’éveillent à son devenir femme, contribuant au caractère à la fois pudique et enflammé de ce film retenu, mais sans cesse sur le qui-vive des émotions de son héroïne : écoutant son corps, ses vibrations et ses transformations, il nous guide peu à peu vers ce qui sera le propre compas, intuitif et intérieur, de Lucija, libre de toute norme, de tout diktat. Un film frémissant de délicatesse !

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