Allah n’est pas obligé

Réalisation : Réalisé par Zaven NAJJAR
Casting : avec les voix de SK07, Thomas Ngijol, Marc Zinga, Annabelle Lengro
Scénario : Scénario de Zaven Najjar et Karine Winczura, librement adapté du roman d’Ahmadou Kourama

Type de film : Animation
Pays : France / Belgique / Canada
Année : 2025
Durée : 83 mn
Version : VOST

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Allah n’est pas obligé : le titre, rageur, claque comme un constat, cingle comme un reproche. Le roman du grand écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma révèle en 2000 au grand public effaré l’existence des enfants-soldats, ces gosses embrigadés dans les conflits sanglants qui embrasent l’Afrique de l’Ouest, en particulier le Liberia et le Sierra Leone, dans les années 1990. Le film d’animation, adaptation libre mais d’une fidélité imparable à l’esprit du livre, est le récit, à la première personne, à hauteur et avec un vocabulaire d’enfant, de Birahima. Son histoire commence dans le village où l’écrivain malinke a grandi : Togobala au Bénin. Birahima est un gamin chahuteur et insouciant. Protégée par l’amour de sa grand-mère et de sa mère malade, sa vie est plutôt douce, bien loin du fracas du monde dont Birahima n’a aucune conscience…

Jusqu’au jour où sa mère décède et où, selon la tradition, sa grand-mère l’envoie chez sa tante qui vit au Libéria voisin. Yacuba, un beau parleur, arnaqueur et multiplicateur de billets, sera son guide. Mais rapidement, à peine la frontière franchie, le duo est capturé et enrôlé de force dans une des nombreuses factions armées « révolutionnaires » qui sévissent dans la zone. Et voilà notre Birahima, armé d’un fusil d’assaut aussi grand que lui, plongé dans l’horreur de ces guerres sanglantes, implacables, où on ne fait pas de prisonniers. Tout cela au profit, Birahima nous l’explique bien, d’intérêts internationaux supérieurs : des États, des trafiquants, des multinationales qui convoitent les pierres précieuses et minerais rares dont regorgent les sous-sols. Birahima passe de la sidération des premiers instants à la fascination (les forces armées qui recrutent ces enfants ont beau jeu de présenter la guerre qu’ils mènent comme un jeu irréel qui ressemblerait aux films d’action américains), avant qu’un puissant instinct de survie lui donne le courage d’échapper à cet enfer.

C’est un terrible et magnifique récit d’apprentissage, sans manichéisme – le vil Yacouba notamment se révèle un père ou un grand frère de substitution plus attachant et protecteur qu’il ne le laissait paraitre. Le réalisateur libanais Zaven Najjar – à qui on doit la magnifique facture plastique de La Sirène de Sepideh Farsi (2023) – joue des formes et des couleurs ainsi que des ambiances musicales pour créer des tonalités différentes. 3D pour les personnages en action qui s’insèrent dans une très belle 2D utilisée pour les décors, couleurs chatoyantes pour décrire l’enfance heureuse disparue, tonalités grises pour décrire la tristesse et le fracas de la guerre… Et au final un magnifique hommage à ces milliers de gamins dont on vole l’enfance.

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