Cocotte
György Pálfi
Type de film : Fiction
Année : 2025
Pays : Grèce
Durée : 96 mn
VOST
Casting : (les) Cocotte(s), Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokiasmenos
Scénario : György Pálfi, Zsófia Ruttkay
27 mai 2026
14:30
Manutention
28 mai 2026
19:00
Manutention
29 mai 2026
14:00
Manutention
30 mai 2026
18:45
Manutention
31 mai 2026
16:30
Manutention
01 juin 2026
11:45
Manutention
02 juin 2026
19:00
Manutention
03 juin 2026
19:00
Manutention
04 juin 2026
12:00
Manutention
05 juin 2026
16:20
République
06 juin 2026
19:00
Manutention
07 juin 2026
18:10
Manutention
08 juin 2026
14:00
Manutention
11 juin 2026
19:10
Manutention
12 juin 2026
15:00
République
13 juin 2026
11:40
Manutention
14 juin 2026
17:20
Manutention
15 juin 2026
16:20
Manutention
17 juin 2026
17:20
Manutention
22 juin 2026
14:15
Manutention
Que reste-t-il du monde lorsqu’on en retire toute perspective humaine ? Vaste question, à laquelle Cocotte se propose de répondre en adoptant un point de vue inattendu mais imparable : celui d’une poule ! Les spectateurs ayant déjà eu affaire au György Pálfi (Hic en 2002, Taxidermie en 2006) savent que le plus iconoclaste des cinéastes hongrois adore aller sur les doubles défis de récits et formes inhabituelles, entremêlés à des questionnements benoitement philosophiques. Ils ne s’étonneront d’ailleurs pas d’apprendre que le contexte politique en Hongrie, jusque très, très récemment, ne permettait plus à cet énergumène de produire chez lui son cinéma si singulier et si peu compatible avec la vision d’un Viktor Orbán. D’où le dépaysement de ce film vers la Grèce – qui, incidemment, apporte une touche mythologique bienvenue à l’incroyable et trépidante odyssée de son héroïque gallinacée.
Dès les premières images, le réalisateur installe son dispositif singulier : au sein d’un élevage industriel, un œuf éclot et, immédiatement, la caméra épouse la perception de la drôle d’héroïne à plumes qui s’en extrait. Dans un premier temps, les humains ne seront que des silhouettes abstraites, des forces imprévisibles dont on ne perçoit que les conséquences du travail à la chaîne. Le parcours de cette poule, rejetée dès sa naissance dans un système mécanisé impitoyable, n’a rien d’héroïque au sens traditionnel. Mais, de pas de côté en chute malencontreuse, tombant tel un Ulysse emplumé de Charybde en Scylla, notre Cocotte s’engage sans l’avoir prémédité dans une errance instinctive, une lutte silencieuse et de tous les instants pour sa survie dans un environnement indifférent, voire hostile. D’abord proie parmi les proies, fuyant les rapaces puis le renard, la poule se mue peu à peu en témoin. L’entrée dans une taverne délabrée – mais habitée – avec vue sur la Méditerranée marque un tournant : le regard animal se fait miroir trouble, déformant, grossissant de l’âme humaine et de ses sinistres arrangements. Par le biais de ce regard curieux et innocent, Pálfi décortique la cruauté et l’absurdité du monde.
Évidemment, cette poule rappellera les ânes croisés chez Bresson (Au hasard Balthazar, 1966) ou Skolimowski (Eo, 2022) : des figures animales muettes, au regard singulier, documentant la brutalité de l’humanité. Mais Cocotte bifurque ailleurs, vers une légèreté à la fois tendre et inquiète qui rappelle les films d’aventure animaliers d’Albert Lamorisse (au premier rang desquels le mythique Crin-Blanc) : une manière d’embrasser l’aventure en mêlant la cruauté du réel à une douceur presque enfantine, mais jamais mièvre. Cette oscillation donne à cette épopée volaillère une accessibilité rare, universelle, sans en amoindrir la portée. Nous y sommes d’autant plus réceptifs que Pálfi s’est refusé au tout-numérique du moment. Les poules de Cocotte – il en a fallu presque une dizaine et un impressionnant travail de dressage – n’ont pas été nourries au grain des effets spéciaux. De quoi rendre encore plus palpable l’empathie pour notre héroïne, renforcée par l’authenticité très organique de cette succession d’aventures. Sous ses airs de fable vagabonde, Cocotte déploie progressivement un récit plus âpre, esquisse un portrait d’une époque en voie de déshumanisation, où les liens se monnayent et les corps (humains comme animaux) deviennent des valeurs d’échange. Ludique et accessible, cette fable de La Fontaine revue et corrigée avance à petits pas, tendre et ironique, picorant le réel pour en faire surgir, par éclats, toute l’étrangeté. Une manière, peut-être, de réapprendre à voir.



