mercredi 16 septembre 2026 à 18:30
Séance le mercredi 16 septembre à 18h30 dans le cadre du ciné-club de Frédérique Hammerli. Ce ciné-club est ouvert à tout le monde et a lieu, à peu près, une fois par gazette pendant l’année scolaire. Frédérique Hammerli vous présente des films de répertoire, des films récents voire des avant-premières.
A Swedish Love Story
Réalisation : Roy Andersson
Casting : Anne-Sofie Kylin, Rolf Sohlman, Anita Lindblom
Scénario : Roy Andersson
Type de film : Fiction
Pays : Suède
Année : 1970
Durée : 119 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 04/06/2008
On a découvert le suédois Roy Andersson avec Chansons du deuxième étage, puis Nous les vivants. Deux fables hyper-stylisées et grinçantes sur un monde englué dans ses immobilismes et ses hypocrisies. Son premier film, totalement différent est resté mystérieusement longtemps inédit chez nous : une chronique tout en demi-teintes et légèreté. C’est beau comme le bonheur d’aimer…
Pär est venu voir son grand-père à la maison de repos. Il a quinze ans, une moto, un blouson et des airs de caïds que déjouent un sourire franc et des yeux rieurs – quel est donc l’enfant qui se meut dans ce corps de jeune adulte ? Annika est venu voir sa tante Eva. Elle a un grand chapeau à turban, un chien, une robe dans le vent. L’espace d’un instant, lors d’un buffet campagnard, leur regard se croise. Tout est dit, tout est suggéré : il a suffit de quelques plans pour que Roy Andersson relève la gageure de la scène du premier regard et nous raconte le mouvement amoureux, terriblement simple, de deux êtres qui se voient et semblent se reconnaître. Montage précis, alternance de champ contre-champ, chassé croisé des regards : la caméra, serrée en gros plan sur les visages d’Annika et de Pär, capte tout, par petites touches précises et fortes, et dessine les contours émus d’une rencontre.
On a rarement vu un tel effet de réalisme, une telle coïncidence émotionnelle entre les personnages et la situation dramatique. Le désir, la honte, l’innocence, parfois la souffrance, se concrétisent dans l’évidence des situations. Rien n’est outré, tout se justifie. Le style tranché et net, d’une justesse imparable, fait penser à Pialat ; l’univers visuel, stylisé par une lumière douce, à un autre film suédois qui traitait également de l’amour de deux adolescents : Monika. Comme dans le film de Bergman, les deux adolescents se soustraient à la médiocrité du monde pour pouvoir vivre leur amour. Pendant ce temps les adultes offrent souvent le spectacle pitoyable et grinçant de gens englués dans leur étroitesse d’esprit. Alors que l’on fête l’écrevisse dans la maison de campagne des parents de Pär, le père d’Annika, commercial raté, cherche à refourguer un frigo. Le ton monte. Les masques tombent : chacun est un peu le clown grimé de son voisin ou le miroir déformant de son propre échec.
Les adolescents d’un côté, les parents de l’autre. L’amour, la vie, l’innocence, face à la honte, le désœuvrement et l’échec. Les tableaux sont fortement typés – et il est aisé de sentir que la caricature deviendra plus tard un des outils dramatiques de Roy Andersson. Mais dans A swedish love story, on se prête au jeu de cette alternance, de ce va-et-vient oscillant entre innocence juvénile et désespérance adulte, car il nous donne envie de croire en Pär, Annika, et leur amour fragile qui éclate à l’écran comme une première fois.





















