Sham

Réalisation : Takashi Miike
Casting : Go Ayano, Ko Shibasaki, Kôji Ohkura, Kazuya Kamenashi, Kaoru Kobayashi
Scénario : Hayashi Mori

Type de film : Fiction
Pays : Japon
Année : 2026
Durée : 129 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 16/09/2026

Mercredi 16 septembre
20:00
Manutention
Jeudi 17 septembre
14:30
République
Vendredi 18 septembre
16:40
République
Samedi 19 septembre
20:30
Manutention
Dimanche 20 septembre
18:20
Manutention
Lundi 21 septembre
14:00
Mardi 22 septembre
12:00
Manutention
Mercredi 23 septembre
16:20
Manutention
Jeudi 24 septembre
12:00
Manutention
Dimanche 27 septembre
20:10
Manutention
Lundi 28 septembre
11:30
Manutention
Mardi 29 septembre
15:45
Mercredi 30 septembre
12:00
Manutention
Vendredi 02 octobre
13:45
République
Mardi 06 octobre
18:10
Manutention
Du 16/09/2026 au 06/10/2026 – Prochaines séances

C’est le risque avec les films de procès : huis-clos plan-plan au suspense feutré, ils s’enlisent souvent dans des mécaniques bien rodées et possiblement soporifiques (exposition, plaidoirie, retournement, résolution)… Mais sous la caméra d’un cinéaste aussi flamboyant et indomptable que Takashi Miike (3 films par an en moyenne, célèbre pour ses éclats de violence stylisés – Dead or alive, 13 Assassins, Audition, Ichi the killer…), aucun risque d’académisme ou d’ennui ! Inspiré d’un fait divers qui fit sensation au Japon, Sham plonge dans le cauchemar éveillé d’un homme qui a foi en la justice, avant de réaliser que la vérité n’est peut-être qu’une illusion. Seiichi Yabushita, instituteur respecté, est en effet accusé par une mère d’avoir harcelé et humilié son fils. Très vite, la machine s’emballe. Médias, rumeurs, opinion publique, acteurs du drame : chacun impose son récit, sa vérité. À l’ère des fake news, où les intérêts d’une minorité écrasent souvent les faits, comment savoir ce qui est vrai ?

Chapitré selon les différents points de vue à la façon du Rashomon d’Akira Kurosawa – mais la parenté avec L’Innocence (2023, Monster en VO) de Kore-Eda est également des plus troublantes –, ce thriller judiciaire d’une élégante sobriété (inattendue et forcément trompeuse de la part de Miike) prend des chemins de traverse sombres et inquiétants.

Dans sa quête désespérée de rédemption, c’est tout un système de manipulation médiatique et judiciaire que doit mettre à nu Seiichi Yabushita – qui, à première vue, ressemble à s’y méprendre à un instituteur ordinaire, soucieux du bien-être et de la réussite de ses élèves. Mais derrière cette façade se cache une relation troublante avec l’un d’entre eux… une attention qui frôle l’obsession, voire le harcèlement. Dans un prologue glaçant, à la barre du tribunal, la mère de l’élève dépeint l’instit’ comme un monstre pervers qui abuse sans vergogne de son pouvoir pour écraser les plus faibles. Et puis le même récit se déplace du point de vue de l’enseignant… Grâce à cette structure en miroir, chaque version des faits s’affronte, dans un vertige d’incertitudes. Bourreau, victime… Traîné en justice, accablé par les médias et abandonné de tous, Yabushita plonge dans les abîmes de la culpabilité et de la manipulation. Les performances de Go Ayano et Kô Shibasaki (actrice emblématique de Battle royale, récemment vue chez Kiyoshi Kurosawa et Ryota Nakano) sont tout simplement magistrales : les deux acteurs parviennent à incarner les multiples facettes d’un même visage comme les deux côtés d’une même pièce…

Avec une rigueur implacable et captivante, Takashi Miike revisite son propre art pour dénoncer une société assoiffée de scandale, prête à sacrifier des individus sur l’autel d’une « mascarade » (titre originel du film). En s’aventurant subtilement dans les zones grises de la nature humaine, à la violence aussi sourde qu’intérieure, il interroge l’idée même de justice, la mécanique des médias et la construction de l’opinion publique, capables de fusionner en un tribunal impitoyable. Dans ce crescendo psychologique tout en tension, c’est finalement un miroir déformé de nous-mêmes que nous tend Sham : au fond, n’est-il pas plus simple de préférer les coupables désignés aux vérités gênantes ? Il est enfin temps de douter.

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