Billie Melody
Réalisation : Christine Paillard
Casting : Roschdy Zem, Bonnie Bourriche Troutaud, Julia Faure, Aaron Marandel, Lilas-Rose Gilberti-Poisot
Scénario : Christine Paillard, Chad Chenouga
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 100 mn
Sortie nationale : 09/09/2026
Depuis bientôt dix ans, Christine Paillard, et Chad Chenouga écrivent à deux et nous ont offert plusieurs films aussi différents qu’attachants : une chronique très personnelle sur l’adolescence bousculée (De toutes mes forces, inspiré de l’enfance en foyer de Chad) ; le portrait d’un principal de collège adjoint qui dérape par fierté paternelle (Le Principal, déjà interprété par Roschdy Zem) et une histoire de potes aussi drôle que tendre (Pourquoi tu souris ? avec Jean Pascal Zadi et Raphaël Quenard dans un duo impayable). Les deux premiers films avaient été réalisés par Chad Chenouga, le troisième co-réalisé par Chad Chenouga et Christine Paillard… et cette fois, c’est Christine qui prend seule les manettes de la caméra, après une écriture à deux du scénario. Au départ, un souvenir d’enfance de Christine : le drame vécu par une amie rencontrée depuis peu et dont l’existence juvénile fut bouleversée par la mort brutale de son père… À ce traumatisme s’ajouta le comportement étrange – vu les circonstances – de sa mère, qui perturba passablement les deux jeunes filles. Une histoire assez étrange que le film adapte et transpose avec beaucoup de sensibilité et une grande liberté de ton.
Billie, quatorze ans, mène une vie familiale plutôt heureuse entre Ruben, son grand frère, Roxane, sa mère exubérante qui croque la vie à pleines dents, et surtout son père, Tony, avec lequel elle entretient une relation fusionnelle qui passe par une passion partagée pour la musique. Mais tout n’est pas rose dans le foyer. Entre un mari un chouia orgueilleux qui n’a jamais accepté l’échec de sa carrière, qui supporte mal le manque de reconnaissance, et une épouse qui, elle, a tourné la page et profite de chaque petit bonheur qui se présente, l’ambiance est souvent orageuse, voire parfois violente : Tony a un penchant coupable pour la bouteille, les cris et les bris d’objets divers sont monnaie courante. Et quand l’impensable se produit, la mort brutale de Tony dans un accident aux circonstances troubles, non seulement Billie ne l’accepte pas, refusant de faire son deuil, mais elle en vient à soupçonner sa mère d’avoir joué un rôle coupable dans cette mort finalement assez mystérieuse… Et elle va jusqu’à confier ses doutes à la police.
La réussite du film est d’allier une intrigue et une ambiance de thriller – on pense un peu à Anatomie d’une chute –, nous laissant douter avec Billie de la culpabilité de sa mère, et un très joli portrait d’une adolescente confrontée à l’inacceptable, la mort de celui qu’elle aimait le plus au monde. Le choix audacieux de mise en scène consistant à laisser présent tout au long du film le fantôme de Tony, qui hante en permanence sa fille, s’avère payant, parce que psychologiquement tout à fait crédible. La jeune Bonnie Bourriche Troutaud, qui interprète Bonnie, décline merveilleusement toute la complexité des sentiments antagonistes de la jeune fille : la sidération, la colère, le repli sur soi, la relation salutaire avec sa nouvelle meilleure amie. Face à elle, Roschdy Zem, incarne – comme c’était le cas dans Le Principal – un personnage attachant mais tout en ambigüité, aussi sincère dans son amour pour sa fille que toxique dans l’excès de ses sentiments.



