Sous le ciel de Kyoto
Kyo no sora ga ichiban suki, to mada Ienai boku wa
Réalisation : Akiko Ohku
Casting : Yuumi Kawai, Riku Hagiwara, Aoi Itô, Kodai Kurosaki
Scénario : Shusuke Fukutoku
Type de film : Fiction
Pays : Japon
Année : 2024
Durée : 128 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 22/07/2026
Akiko Ohku nous avait délicieusement charmé avec Tempura (2022), comédie culinaire à l’imagination aussi foisonnante que celle de son héroïne. Avec Sous le ciel de Kyoto, elle retrouve cette belle vitalité – véritable antidote à la morosité ambiante. Sous une apparente légèreté, le film malaxe, détourne et réinvente les codes de la comédie romantique, en y insufflant une dimension à la fois introspective et philosophique. De fait, Akiko Ohku ne filme pas tant la rencontre amoureuse que la lente possibilité d’une rencontre avec soi-même. Le hasard, la « sérendipité » (cette rare aptitude à faire des découvertes et tirer parti des situations inattendues) devient une force de réconciliation : avec le monde, avec le temps, avec soi.
Toru, étudiant solitaire et introverti, avance dans la vie et dans les rues de Kyoto avec son parapluie toujours ouvert – qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil brille ! Ce talisman dérisoire le protège d’un brouillard intérieur qu’il ne saurait nommer et des groupes de copains auxquels il n’appartient pas… Son unique ami, Yamane, lui offre un ancrage joyeusement loufoque et bancal. En parallèle de ses études, Toru travaille dans un bain public aux côtés de Sacchan, une jeune musicienne pleine de fantaisie qui a l’art de transformer leur routine en moments suspendus… et qui en pince secrètement pour lui. Mais le cœur du garçon est tourné vers Hana : une étudiante réservée qu’il surnomme « la fille des nouilles soba » et qu’il observe, jour après jour, déjeunant seule au réfectoire devant son bol fumant. Un beau jour, Toru prend son parapluie à deux mains et décide de l’aborder… Leur rencontre prend des allures d’épiphanie : une exaltation discrète, presque magique, comme s’ils avaient été créés l’un / l’une pour l’autre. « Vive les heureux hasards ! », dira Hana. Leur histoire s’épanouit dans des lieux étrangement vides où le monde semble s’effacer autour d’eux (tel cet improbable café où l’on sert « du bouillon de fèves noires du Brésil »). Jusqu’au jour où le destin va s’en mêler et Hana… disparaître.
Sous le ciel de Kyoto marque la maturité d’une autrice majeure. L’un de ses monologues – et éblouissant de justesse, condensant à lui seul tout le tumulte de l’adolescence – s’impose comme l’une des très belles scènes du cinéma japonais contemporain. Chez Akiko Ohku, le hasard n’est pas une chance mais un chemin initiatique : un appel à la transformation, à la résilience, à la redécouverte du monde. Sa mise en scène, dynamique et mutine, épouse cette évolution intérieure, jouant avec les formats d’images, mêlant cadres partagés, visions oniriques et fragments du quotidien. Le réel et le subjectif se confondent, comme si la vie elle-même se réinventait à chaque regard, avec un humour parfaitement décalé. Frais, ambitieux et porté par des acteurs magnifiquement investis, Sous le ciel de Kyoto témoigne d’une confiance rare dans la puissance du cinéma pour dire les émotions ténues, presque invisibles. Le film tend l’oreille à la mélodie fugace de la vie sans la souligner, avec une originalité et une grâce qui n’appartiennent qu’à la cinéaste. Un petit bijou qui touche en plein cœur, où il s’agit de mesurer la responsabilité de nos actes et d’apprendre à ne négliger personne, y compris dans les épreuves inattendues qui jalonnent l’existence.



