The Plague
Charlie Polinger
Type de film : Fiction
Année : 2025
Pays : USA
Durée : 95 mn
Date de sortie nationale : 03/06/2026
VOST
Casting : Joel Edgerton, Everett Blunck, Kenny Rasmussen, Kayo Martin, Elliott Heffernan
Scénario : Charlie Polinger
Récompenses : Festival de Cannes 2025, Sélection officielle – Un certain regard Festival du film américain, Deauville 2025, Prix de la Critique
« Sois toi-même, car qui peux-tu être d’autre ? Tu es qui tu es et c’est très bien comme ça ». Voilà bien un conseil d’adulte, une banalité marquée au coin du bon sens – mais banalité tout de même – que Ben a du mal à recevoir de la bouche de Wags, son entraîneur de water-polo. Ça fonctionne sûrement dans le meilleur des mondes, mais dans la vraie vie, quand on est constamment moqué pour sa diction, harcelé pour un oui ou pour un non, mis à l’isolement parce qu’on est sensiblement différemment ? Du haut de ses douze ans, Ben est taraudé par cette question essentielle : jusqu’où peut-il mettre entre parenthèses sa personnalité, son sens moral, son intégrité, pour intégrer un groupe social ? Car on sait (au moins depuis Sa majesté des mouches) qu’à ce « jeu », il n’est sans doute pas de pire société que celle des enfants…
Tout juste débarqué de la ville de Boston, ses parents fraîchement divorcés, Ben arrive à la deuxième session intensive de water polo durant cet été de 2003. Accueilli par Daddy Wags, l’entraîneur attitré du groupe d’ados, Ben n’a qu’une envie : jouer et trouver sa place dans une équipe déjà composée. Il identifie Jake comme le leader du groupe, celui qu’il faut approcher et à qui il faut plaire. Blondinet au sourire ravageur, rien n’échappe à Jake. Surtout les petits détails embarrassants, sur lesquels il plonge tel un requin à seule fin de se moquer. Comme ce léger accent bostonien de Ben qui lui fait manger les « t », lui faisant prononcer « sop » au lieu de « stop » – et lui vaut instantanément le surnom de « Soppy ». Mais Ben ne se formalise pas, ce n’est pas bien cher payer pour avoir le droit de traîner avec la bande. Rien à voir avec la façon dont est traité leur camarade Eli, qui concentre toutes les sarcasmes, toutes les méchancetés. Le corps recouvert de plaques rouges, probablement neuroatypique, Eli gêne, Eli inquiète, Eli est isolé de tous. D’après Jake, ces rougeurs sont le symptôme de la peste (« the plague » du titre) et quiconque le touche prend le risque d’être contaminé… Pour Ben, coincé entre son empathie naturelle envers le jeune Eli et son besoin vital de socialisation, c’est un dilemme moral qui ne se résoudra pas si facilement ni sans conséquences.
Premier film impressionnant de maîtrise, The Plague se révèle être intelligent et fort dans sa manière d’emporter le spectateur, entre naturalisme oppressant et fantastique terrifiant, dans sa dissection au scalpel d’une mécanique implacable de harcèlement – qui pourrait aussi bien ressembler à une noyade, tellement elle est étouffante. En jouant sans ostentation avec les codes du cinéma horrifique (on pense au Carrie de Brian De Palma), le réalisateur Charlie Polinger échappe aux archétypes souvent grossiers liés à ce genre de sujet « à thèse ». Ici les lignes sont habilement brouillées entre meneurs, suiveurs et bouc-émissaires tant les personnages sont nuancés, ni totalement bourreaux, ni totalement victimes. On assiste au grignotage du groupe d’enfants par ce virus autrement pernicieux et destructeur que la peste fantasmée – à l’instar du seul adulte, très peu présent dans le film, Daddy Wags (super Joel Edgerton comme à son habitude), confondant de maladresse et sidérant de lâcheté. Miroir grossissant d’une société, la nôtre, incapable de se dépêtrer de ses tentations ségrégationnistes, le film nous glisse habilement que tout choix est politique – et qu’aucun n’est irréversible.



