En nous
Juliette Binoche
Type de film : Documentaire
Année : 2025
Pays : France
Durée : mn
Date de sortie nationale : 03/06/2026
VOST
Casting : Juliette Binoche, Akram Khan
Scénario : Juliette Binoche
Pour qui ne sait rien d’En nous, premier film réalisé par Juliette Binoche, il y a d’abord une première émotion : celle de voir des images datant de 2007. Du numérique Béta-cam, filmé par sa sœur Marion Stalens (pour deux documentaires, L’Actrice et le danseur en 2008 et Juliette Binoche, dans les yeux en 2009), et de re-découvrir un visage, celui de Juliette Binoche, bien ancré dans les années 2000, presque le même que dans Caché (2005) de Michael Haneke. En nous se présente alors comme un documentaire sur la fabrication et la captation d’un spectacle, In-I (2008), dans lequel deux artistes apprennent ce en quoi l’autre excelle : Juliette Binoche, comédienne, va apprendre à danser, et Akram Khan, danseur, va apprendre à interpréter. « Je voulais donner au spectateur la possibilité de voir à travers la serrure » dit l’actrice. Un film pour dévoiler un mystère : celui du travail de création entre une actrice et un danseur.
Ce qui est tout de suite admirable, c’est que Binoche réalisatrice évite bien des poncifs. Ici, pas de didactisme télévisuel, seulement sa brève voix introductive en off, qui donne quelques informations contextuelles. Sans autre préambule, le spectateur est plongé dans le bain des répétitions et de la recherche. Comment bien aborder l’autre dans un spectacle qui se rapproche par instants de l’intime, comment s’accorder avec son partenaire, et partager l’énergie de l’autre… Binoche montre dans une première partie de multiples séquences dites de « tentatives » : comment Akram doit bien prononcer son monologue, comment Juliette, portée par Akram, peut marcher sur un mur… Mais comment ne pas être exténuée de fatigue au bout de dix minutes de danse ? Le rire s’invite aux chutes, aux erreurs, à ces essais qui semblent brasser du vent, aux remarques assassines des deux coachs (le « Bon, arrêtez tout, c’est de la merde » après quelques pas de tango bizarres), à un décor et un espace qui se dessinent au fur et à mesure. La meilleure séquence dans ce registre est celle où Binoche doit se retrouver collée au mur de scène, à deux mètres du sol, grâce à une sorte de suspension aimantée dans le dos, puis réciter un long monologue intime dans cette position : la succession de plans où s’accumule le geste brutal d’Akram qui la punaise au mur, la regarder tomber, ne pas être à l’aise, et enfin améliorer le système, est un beau témoignage de ce qu’est le travail d’acteur. Toute cette première partie trouve une délivrance étrange dans la seconde, qui n’est autre que la captation du spectacle In-I. Elle fonctionne en opposition à la première, tout en fluidité de montage, sans erreur, sans accroc. […] S’il y a quelque chose d’inattendu à contempler dans cette seconde partie, c’est le débordement d’énergie du duo. L’art du jeu et de la danse crée, par le hasard, une forme d’art pictural éphémère, et c’est là peut-être que l’on retrouve tout le mystère d’un geste. (C. Ghibaudo, Tsounami)



