Sauvage
Camille Ponsin
Année : 2025
Pays : France
Durée : 101 mn
Date de sortie nationale : 04/08/2026
Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin, Marion Suzanne, Najib Oudghiri, Maryline Canto
Jean-Baptiste Delafon, Camille Ponsin
On les a appelés les néo-ruraux – ces idéalistes qui, à partir des années 1970, ont fui les villes, refusé en bloc la société de consommation, le capitalisme et la propriété privée. Ils ont fait à rebours le chemin de l’exode rural pour réinvestir, ici une ferme abandonnée en Ardèche, là un hameau en ruine en Ariège ou en Lozère, et tenter de réinventer ensemble, en couple, en famille ou en communauté, une autre façon de faire société, plus en accord avec leurs valeurs. Souvent sous le regard mi-curieux, mi-méfiant, mi-goguenard (parfois bienveillant et admiratif) des paysans autochtones – toutes les greffes n’ont pas pris tant les fantasmes de vie communautaire, d’amour libre, d’éducation sans contrainte… pouvaient gripper les relations déjà tendues par la trouille d’un genre de « grand remplacement »… Pas fainéants, quoiqu’affectent d’en penser les voisins, ces gens de la ville ont de leurs mains remonté des murs, refait des charpentes, redonné vie à des bâtiments désertés, instruit leurs enfants… Pour gagner leur vie, et participer à la vie du canton, ils ont pris le temps d’apprendre les gestes méticuleux d’un artisanat ancestral, se sont intégrés à l’écosystème local – autant naturel que social.
Ainsi Sam, Karl, Viviane, Patrick, Alain, Chiara… ça n’a pas été facile – et ça ne l’est encore pas tous les jours – mais ils parviennent vaille que vaille à maintenir à flot leur petite utopie communautaire dans le hameau du Puech, à flanc des montagnes ardéchoises. Artistes, artisans, il y a même un enseignant, ils mettent tout en commun et ont l’ambition de faire renaître un élevage de vers à soie, de tisser à nouveau leurs propres textiles… Convaincus que changer le monde, ça commence par se changer soi-même, que c’est une petite lutte de chaque instant, ils travaillent à désapprendre leurs réflexes de propriété, d’autorité, d’exclusivité, sans pour autant se déresponsabiliser. Ce devrait même être tout le contraire. Mais rien n’est simple. Et quand Anja, la grande fille de Sam et Karl, mais élevée par tous, donne d’inquiétants signes d’asocialisation, quand Anja s’isole, se tait, se cache, parle avec les animaux et pour finir s’enfuit dans les bois, tout se complique.
Le beau film de Camille Ponsin raconte avec une rare authenticité, sans fascination ni jugement, l’utopie communautaire de la petite bande, à présent quadras-quinquas, mise à l’épreuve du réel. En l’occurrence le retrait du monde de la jeune fille, son retour à la nature et à un état sauvage, que les adultes s’interdisent de lui interdire, se refusent à juger et empêcher, mais qui ne va pas sans poser de multiples problèmes dans le voisinage : une enfant mi-familière, mi-sauvage vit de rapines, fait son nid dans les ruines et greniers, menace la tranquillité des braves gens quand elle ne les met pas plus ou moins sciemment en danger… Pour Sam, la mère d’Anja, la question de la liberté de « sa » fille, par choix, par nécessité ou par instinct, ne se pose pas. Quoi qu’en disent les médecins, les gendarmes, le maire, quoiqu’en pensent ses amis… Anja s’appartient, Anja n’est la propriété de personne – et il est de son devoir, de sa responsabilité de mère de l’aider, de l’accompagner aussi loin que possible, de l’aimer inconditionnellement. Magnifiquement photographié et mis en scène, Sauvage est avant tout le portrait puissant, lumineux, souvent dérangeant, d’un amour maternel radical, porté par une Céline Sallette incandescente.


