DERRIÈRE LES PALMIERS

Écrit et réalisé par Meryem BENM‘BAREK

Année : 2025
Pays : Maroc / France
Durée : 94 mn
VOST

avec Sara Giraudeau, Driss Ramdi, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Rabourdin

16 avril 2026
19:00
Manutention
17 avril 2026
12:00
Manutention
18 avril 2026
18:30
Manutention
19 avril 2026
13:45
Manutention
20 avril 2026
16:15
Manutention
Du 16/04/2026 au 20/04/2026 – Prochaines séances

Il s’en passe des choses, derrières les palmiers des villas somptueuses, sous le soleil du Maroc. Ici à Tanger – comme ailleurs dans le pays, à Fès, Marrakech ou Essaouira… – la bourgeoise occidentale, souvent française, a pris ses quartiers de villégiature sur les hauteurs de la ville ou dans les méandres de la médina, profitant d’un climat agréable et d’un coût de la vie avantageux. Les prix ont flambé et le marché immobilier est devenu inaccessible pour les natifs, reléguant inexorablement les classes populaires et moyennes au rang subalterne de celles et ceux qui se mettent « au service de ». Employés de maison, cuisinières, chauffeurs, jardiniers ou, comme le père de Medhi, entrepreneur en BTP. Medhi n’est pas un ouvrier, il a fait des études, il est architecte. Mais sans le réseau, sans les bons plans, sans être introduit par les bonnes personnes dans les bonnes soirées, il est impossible de se faire une place dans ce milieu fermé où tout le monde se coopte et se repasse les cartes de visite – le plus souvent celles d’architectes parisiens. Les rares élus marocains sont issus de la bourgeoisie, celle qui a fréquenté les écoles d’archi à Paris, Milan ou Madrid. Alors, en attendant mieux, Medhi aide son père sur les chantiers et supervise les travaux des villas qu’il rénove.

Celle qu’ils viennent de terminer appartient à un couple de Français, amoureux du Maroc (comment ne pas l’être ?), de la beauté de ses bougainvilliers, de la délicatesse de ses jardins, des parfums de sa cuisine… Un couple bourgeois presque caricatural avec ses tenues façon djellaba (mais venant de boutiques branchées de jeunes créateurs), sa condescendance toujours souriante avec les autochtones et son goût pour les objets d’art qui remontent parfois à l’époque du Protectorat… Dès qu’il croise son regard, Mehdi tombe sous le charme troublant de l’oisive Marie, la plus toute jeune fille du couple de Français. Il faut dire que, dans cette vie-là, tout a l’air simple, facile, léger et que l’existence semble pouvoir se dérouler à l’infini, sans grandeur à l’horizon, sans passion mais sans entrave, au rythme des soirées mondaines, des bains de soleil au bord de la piscine et des promenades touristiques.
Pourtant Medhi pourrait choisir une vie plus sincère et authentique auprès de Selma, son amoureuse. Jeune fille solaire, souriante et folle de lui, Selma est prête à braver les interdits imposés par la famille, la religion, la tradition, pour le retrouver le soir sur les chantiers encore inachevés et partager un repas de fortune, s’embrasser tendrement, se caresser et peut-être même faire l’amour – hors mariage certes, mais les corps sont parfois si impatients… Tiraillé entre ces deux femmes que tout oppose, Mehdi commence à mentir, à gagner cette confiance en lui qui lui faisait défaut, à oser croire que son avenir est peut-être ailleurs et que Marie, de par son rang, son argent, ses relations, pourra l’aider à fracasser le plafond de verre. Peu à peu son cœur se referme et son désir pour ce monde qui le nargue grandit, s’affirme, jusqu’à devenir venimeux. Mais peut-on vraiment appartenir à un monde qui, in fine, vous enfermera dans une case qui fleure encore l’exotisme rance du colonialisme paternaliste (tout sera dit en une partie d’échecs) ? Et comment s’affranchir des règles sociales d’un pays où, en dépit des réformes du code familial et des droits des femmes, tradition et religion pèsent encore lourdement sur l’émancipation des jeunes filles ?

À la suite de son premier film, l’excellent Sofia (2018), Meryem Benm’Barek poursuit son exploration sans tabou de la société marocaine, en révèle la complexité, les failles et pose un regard critique, lucide mais jamais moralisateur sur ses personnages. Trio amoureux parfois incandescent et plein de paradoxes, les comédiens ont une sincérité attachante… Une très belle découverte.

D’autres films à l’affiche

Japon – 1966
83mn
USA / France – 2025
119mn
Espagne – 2025
112mn