Yellow letters

Réalisé par İlker ÇATAK

Année : 2026
Pays : Allemagne / Turquie
Durée : 129 mn
VOST

avec Özgü Namal, Tansu Biçer, Leyla Smyrna Cabas, Ipek Bilgin
Scénario d’Ilker Çatak, Ayda Çatak et Enis Köstepen
Ours d’or, Festival de Berlin 2026

15 avril 2026
18:20
Manutention
16 avril 2026
20:20
Manutention
17 avril 2026
11:50
Manutention
20:40
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18 avril 2026
16:00
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19 avril 2026
20:20
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20 avril 2026
17:50
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République
28 avril 2026
14:50
Manutention
Du 15/04/2026 au 28/04/2026 – Prochaines séances

On pourrait se croire dans un milieu très protégé, privilégié : la crème de la culture, l’élite intellectuelle et artistique de la Turquie. Une bourgeoisie installée dont la vie devrait être facile. Mais dès le générique, un indice jette le doute : la mention du premier « interprète » du film est… la ville de Berlin dans le rôle d’Ankara. La capitale de l’Allemagne dans le rôle de la capitale de la Turquie ! Le postulat de départ est limpide : il serait impossible de traiter les sujets qui vont être abordés, de les filmer dans le pays où ils sont censés prendre chair…

Soit, donc, sous le ciel berlinois, Ankara. Aziz est un professeur reconnu qui enseigne dans l’une des plus prestigieuses universités de la capitale. Son épouse Derya est une comédienne adulée, incontournable. Tout en cultivant une grande indépendance, ils ont bâti et continuent de bâtir le plus fort de leur carrière ensemble. Des œuvres engagées, des pièces contemporaines qui font le miel du Théâtre national. Mais sournoisement, insidieusement, une forme de violence institutionnelle sourde vient écorner à bas bruit la liberté d’expression générale. Dans la rue, la colère monte. Celles et ceux qui se croyaient intouchables, protégés par leur statut social, sont peu à peu sommés de choisir leur camp, de donner des gages de fidélité au pouvoir. Faute de quoi… L’avis de disgrâce et de déchéance sociale arrive aux concernés sous la forme de simples lettres, presque anodines, dans des enveloppes jaunes : « les yellow letters ». Un tel en reçoit une pour avoir osé exprimer publiquement telle opinion ; telle autre est mise sur la touche, perd son emploi à la suite d’une délation, sans bien comprendre d’où elle émane, sans que les arguments soient forcément très clairs. Ces lettres sont d’abord plutôt rares mais très vite elles se multiplient, chacun priant de ne pas recevoir la sienne. En bons militants humanistes, Derya et surtout Aziz s’engagent d’emblée aux côtés des contestataires, dans des comités de soutien. Jusqu’au jour où, leur notoriété ne suffisant plus à les protéger, Aziz puis Derya reçoivent à son tour sa lettre jaune. Derya, parce qu’elle a une fille à élever, n’est pas prête à tout sacrifier, sa vie, sa carrière – et essaie tant bien que mal de trouver un compromis moral, mais ses convictions vacillent. La tension monte au sein du couple, à l’image de celle qui convulse tout le pays. À partir de ce microcosme familial, émergent toutes les contradictions, les doutes, les angoisses qui parcourent l’ensemble de la Turquie, font frémir tout un peuple et dériver toute une société, prête à sombrer dans l’inconnu : la tension glaçante qui règne dans les premiers frémissements de la montée d’une dictature.

On n’en dira guère plus – si ce n’est qu’un autre grand personnage de l’aventure entre alors en scène, en la personne de la ville d’Istanbul, incarnée par… Hambourg. Tout comme dans son précédent film, La Salle des profs, le réalisateur Ilker Çatak (d’origine turque mais né et vivant en Allemagne) porte à son paroxysme l’art du huis clos. On est secoué par les déboires de ses personnages, leurs dilemmes ravageurs. Et progressivement, ce qui se passe dans une simple cuisine prend une dimension universelle. Le film tend un miroir autant à la Turquie d’Erdogan qu’à l’Allemagne, ainsi qu’à nos propres petites lâchetés, nos incapacités à refuser l’inadmissible, nos facilités à ne pas regarder plus loin que nos pieds, à fuir la réalité quand elle est trop dérangeante. Démonstration implacable, mais qui entrouvre une voie vers la lumière, pousse à regarder les choses en face, à ne pas jouer les autruches, à avancer résolument en refusant de se déshumaniser.

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