LA GUERRE DES PRIX
Réalisé par Anthony DÉCHAUX
Année : 2025
Pays : France
Durée : 96 mn
VOST
avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Aurélien Petit
Scénario d’Anthony Déchaux et Maël Piriou
Voilà un premier film qui frappe fort, qui se hisse d’emblée à la hauteur de films qu’on n’a pas oubliés, tels Ressources humaines (Laurent Cantet), La Loi du marché (Stéphane Brizé) ou Petit paysan (Hubert Charuel)… D’emblée, La Guerre des prix, tout aussi prenant qu’un thriller, nous propulse dans les méandres de la face cachée de la Grande Distribution, de ses tractations avec les petits producteurs qui n’ont guère le choix, ne font pas le poids. Combat du pot de fer et du pot de yaourt ! Que voilà des coulisses obscures dignes des plus cyniques complots, aussi passionnantes que les intrigues d’un roman d’espionnage ! Si tout y résonne plus vrai que nature, c’est que l’intrigue se fonde sur des mois d’investigations, sur de véritables récits, surtout celui d’un ancien acheteur / négociateur « repenti » d’une grande enseigne, lequel, en tournant casaque, a pu échapper à l’omerta régnant sur les pratiques peu recommandables qui prédominent dans l’exercice d’un tel métier. Ce métier c’est dans le film celui de Bruno Fournier, incarné par l’impeccable et bluffant Olivier Gourmet. C’est lui qui deviendra le mentor, le tuteur suprême d’Audrey Dumont – Ana Girardot, tellement impressionnante dans ce rôle qu’on en oublie qu’elle incarne un personnage de fiction : n’aurait-elle pas été agricultrice dans une vie antérieure ?
Bruno Fournier, Audrey Dumont… ces deux-là n’avaient aucune raison de se rencontrer. Lui fait figure de caïd, elle de menu fretin dans la même chaîne de supermarchés. Lui gravitant dans les hautes sphères du siège social parisien, elle salariée d’une modeste succursale provinciale. Rien pour les amener à se rencontrer ? Sauf peut-être l’excellence de leurs résultats dans leurs domaines respectifs : lui en tant que négociateur féroce, elle en tant que responsable d’un rayon de produits laitiers. Leur premier contact sera placé sous le signe du malaise et de l’ambiguïté : comme celui de deux univers qui se reniflent, se jalousent secrètement, s’affrontent ; deux rapports au monde diamétralement opposés, mais armés de la même détermination pugnace, implacable. Chacun luttant, tête haute, pour la survie d’un système et, au bout du compte, pour sa propre survie.
Il faut dire qu’Audrey, issue du monde agricole et qui épaule constamment son frérot à la tête de la ferme familiale, n’a pas froid aux yeux et se laisse rarement impressionner. Elle connaît parfaitement les enjeux, les défis que les éleveurs affrontent. On ne peut pas la lui raconter sur la qualité d’un produit, sur ses méthodes de production. Toutes choses qui font que les ventes de son rayon ont tellement progressé que son nom a été logiquement cité en « haut lieu » : et si sa manière de faire pouvait être dupliquée dans toutes les succursales du groupe ? Les prédateurs du grand capital flairent la bonne affaire… Sans qu’elle ait postulé, voilà Audrey appelée à la Défense (au sens propre, le quartier, comme au figuré), au siège de sa boite, pour lutter contre la déliquescence des résultats des autres supérettes… Audrey accepte ce nouveau poste, un peu épouvantée de sa fulgurante ascension sociale mais prête à accomplir avec ferveur les nouvelles tâches qu’on lui confie, mue surtout par la conviction qu’elle peut améliorer le système de l’intérieur, améliorer le sort des petits paysans qui essaient de vivre de leur métier. Et elle saura convaincre tout le monde, même son frangin, qui pourtant flaire bien les limites de l’exercice : aller jouer dans la cour de l’ennemi, c’est risquer d’y perdre son âme et il pressent qu’un piège insidieux peut se refermer à tout moment…
Il est franchement glaçant de tâter du doigt ce qui se cache derrière nos assiettes, derrière un pot de yaourt que l’on trouve dans les rayons de nos supérettes…


