LES DIMANCHES

Écrit et réalisé par Alauda RUIZ de AZÚA

Année : 2025
Pays : Espagne
Durée : 118 mn
VOST

avec Bianca Soroa, Patricia López Arnaiz, Miguel Garcés, Juan Minujín, Mabel Rivera, Nagore Aranburu
Festival de San Sebastian 2025 : Meilleur Film – Festival Cinemed 2025 : Antigone d’Or

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », écrivait Arthur Rimbaud – non comme une fatalité, mais comme une expression d’empathie avec les ivresses de la jeunesse. dix-sept ans, c’est l’âge d’Ainara, le personnage central du film, laquelle pourrait rétorquer que ceux qui ont du mal à vous prendre au sérieux, ce sont d’abord les adultes. Après tout, des héros « sérieux » de dix-sept ans, l’Histoire en est truffée : combien de jeunes compatriotes d’Ainara rejoignirent les forces républicaines pour lutter contre la dictature franquiste ? dix-sept ans, l’âge auquel Jeanne commanda les armées du Roy contre les Bourguignons…
La vie d’Ainara est bien peu guerrière, davantage peuplée de chœurs (de « cœurs ») et de musique. Chanter lui permet de s’évader, de se connecter au monde, aux copines, à la vie qui bourgeonne, parfois de glisser un œil doux aux garçons, sans avoir l’air d’y toucher. Quoi de plus classique ? Encore que : Ainara, n’est pas si classique qu’il y paraît. Ces voix qui s’envolent à l’unisson la transportent loin des angoisses quotidiennes, ouvrant la voie aux aspirations les plus nobles. Presque une élévation spirituelle, qui pourrait tout aussi bien être païenne si sa scolarité ne se déroulait dans un établissement catholique, très prosélyte. Mais pour autant rien n’y est figé, surtout pas les personnalités des lycéennes. Certaines s’imaginent partir à l’étranger autant pour étudier que pour y vivre leur vie loin de leur famille.

Ah ! les familles et leurs rites obligés… les repas dominicaux, par exemple, qui sont autant d’occasions de passer les moindres faits et gestes à la moulinette intrusive de l’institution familiale. Réunions redoutables où chacune tâche de se camoufler sous une façade lisse pour ne pas attirer l’attention… C’est lors d’un de ces mornes dimanches que le cas Ainara va jeter un pavé dans la mare – ou plutôt, en l’occurrence, une grenouille dans le bénitier. La jeune fille, que tous voyaient promise à de brillantes études, se voit, elle, promise à Dieu. Se questionne sur sa vocation, sur son désir croissant de prendre le voile, de rentrer au couvent. L’annonce va provoquer une véritable guerre familiale de tranchées, affective et idéologique, pour essayer de lui faire changer d’avis, la reconquérir. Voilà son entourage divisé, chacune et chacun ayant sa propre manière d’aborder la chose, ses stratégies hasardeuses, manipulatoires, allant des discours compréhensifs aux excès d’autorité, en passant par des argumentaires culpabilisants et toxiques – sachant que les stratégies manipulatrices sont également à l’œuvre du côté ecclésiastique : les bonnes paroles de la mère supérieure du couvent ou du jeune prêtre qui accompagne Ainara dans sa démarche fleurent bon le calcul et le jeu d’influence…

Tout cela donne dans le fond un bien piètre portrait d’un monde adulte désorienté. Le microcosme familial ressemble dès lors à une maquette miniature de la société espagnole et de ses tendances schizophrènes post-franquistes où le catholicisme structure encore l’imaginaire collectif. Les Dimanches n’en fait jamais un manifeste mais suggère, en creux, l’héritage d’un pays où l’on a longtemps appris à se taire et à obéir sans questionner.
Un film délicat, malin, touché par la grâce, comme l’est (ou croit l’être) son héroïne. Contrairement aux « adultes » qui entourent Ainara, le film se garde d’asséner une réponse, observe une distance respectueuse avec l’adolescente et ses contradictions, ne la juge jamais. Il donne à voir que ceux et celles qui paraissent les plus progressistes ne sont pas toujours à la hauteur de leurs discours de tolérance. Les choix d’Ainara, sa détermination, tendent un miroir autant à son entourage qu’à nous-mêmes, spectatrices et spectateurs. Contrairement à l’adolescente, il ne nous est pas intimé de choisir un camp – et elle nous laisse sans voix face à nos propres contradictions.

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