UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE

ONE BATTLE AFTER ANOTHER

Écrit et réalisé par Paul Thomas ANDERSON

Année : 2025
Pays : USA
Durée : 162 mn
VOST

avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Teyana Taylor, Benicio del Toro, Chase Infiniti, Regina Hall
D’après le roman Vineland de Thomas Pynchon

19 avril 2026
19:00
Manutention
26 avril 2026
19:00
Manutention
Du 19/04/2026 au 26/04/2026 – Prochaines séances

« Quelle heure est-il ? » Tant qu’une réponse ne sera pas donnée à cette simple question posée au téléphone, rien ne sera possible. Bob (Leonardo DiCaprio) ne se souvient pas du code et n’en croit pas ses oreilles. Comment lui, héros de la Résistance, peut-il être traité de la sorte par ses propres alliés, alors que la vie de sa fille est en danger ? « Révisez le manuel de la rébellion et rappelez-nous quand vous aurez l’heure ! », lui rétorque son interlocuteur…
Si Une bataille après l’autre est à ce point jubilatoire, c’est qu’il est prêt à toutes les cassures, à tous les changements de ton, de rythme, de genre. Il commence comme un film d’action et une fable politique, une dystopie qui voit s’affronter un pouvoir ouvertement raciste et liberticide et des groupes armés d’ultra gauche qui ont pris les armes pour lutter contre la dictature et pour abolir les frontières. Au cœur du récit : la question des migrants – que la bande annonce tend à effacer… Le film lui-même a été tenu secret quasiment jusqu’à sa sortie. Paul Thomas Anderson aurait-il peur d’avoir réalisé un film trop engagé ? « Tu sais ce que c’est la liberté ? L’absence de peur ! », affirme pourtant Sensei Sergio, le personnage de Benicio del Toro.

L’action du roman de Thomas Pynchon (Vineland, publié en 1990) se déroulait, clin d’œil probable à George Orwell, en 1984. Il s’agissait pour l’écrivain de confronter deux Amérique, sous le règne de Reagan. Le récit d’Anderson sort du référent historique initial. La seconde élection de Donald Trump oblige, le film ne fait aucun mystère de son opposition au suprémacisme blanc, au militarisme et au patriarcat décadent qui règnent aujourd’hui à Washington. Il donne la part belle à deux actrices noires formidables (Teyana Taylor et Chase Infinity), dans des rôles de mère et fille, libres et révoltées, obsédées par l’idée d’agir pour « changer le monde » et le libérer du « fascisme » triomphant. Paul Thomas Anderson est-il devenu un ultra gauchiste, adepte de la violence armée ? Ses rebelles relèvent-ils de la secte paranoïaque et naïve ? Le mal, lui, est incarné par le « club des aventuriers de Noël » – par la police, par le colonel Lockjaw (formidable Sean Penn). Mais ce salaud magnifique qui ne lâche jamais prise, ce petit soldat avide de reconnaissance, de gloire, d’argent et de puissance, se perd dans une relation obsessionnelle avec une femme qui est aux antipodes des convictions politiques qu’il arbore.

Ce qui désarme et humanise le film, c’est avant tout l’humour. Sans que jamais l’action n’en pâtisse, le film s’offre des libertés réjouissantes dans ces changements de rythme que semble incarner à lui seul le personnage zen de Sensei Sergio, contrepoint de l’agitation fébrile de Bob. Le grotesque et le burlesque introduisent ce décalage et cette folie qui permettent d’éviter à la fois les lieux communs du film d’action et le pensum politique. Fait de quêtes et de traques, Une bataille après l’autre n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue simplement à cache-cache. Le film dessine une ligne droite parfois discontinue, comme le graphique du test de paternité, lui-même semblable aux traits qui séparent la chaussée. La plus belle séquence est justement une poursuite virtuose, durant laquelle trois voitures apparaissent et disparaissent dans les plis et les replis verticaux de l’asphalte, au cœur du désert traversé. Où, face à la tension croissante, on songe au conseil de Sensei Sergio : « Pense aux vagues… » (Extraits de la critique de Stéphane Goudet, mensuel Positif, octobre 2025)

D’autres films à l’affiche

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