Élise sous emprise


Rien ne va plus dans la vie d’Élise : engluée dans une relation toxique avec Léopold, elle se retrouve propulsée à la tête d’une troupe de théâtre, suite à la mort soudaine du metteur en scène dont elle était l’assistante. Submergée par des crises de panique, Élise vacille. Mais peut-être est-ce dans cette confusion qu’elle parviendra à se libérer de ses emprises et à reprendre le contrôle de sa propre vie ?
De, par et avec Marie Rémond, voilà un film formidablement écrit, mis en scène et interprété. Tout à la fois grave et léger, sensible et humoristique, on devine (sans grand mérite) le projet porté par une sorte d’urgence personnelle. Pourtant, Élise, c’est un personnage familier, qu’on connaît bien. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, ta sœur, ta voisine, ton collègue de bureau… La malhabile, la mal en point, la mal à l’aise dans les normes étriquées d’une société qui rejette instinctivement à la marge (et à leur corps défendant) ses inadaptés. Dans ce registre, on le sait, le comique tendre flirte en permanence avec le drame. Brave petit soldat partant à l’assaut simultané d’une multitude de lignes de front (professionnelles, amoureuses, amicales, médicales…) plus incertaines les unes que les autres, Élise arbore néanmoins en toute occasion un imperturbable sourire. Sourire tendre et sincère, ça arrive ; sourire confiant et affectueux, mais c’est rare ; sourire inquiet, tendu, crispé, grimaçant, figé, plaqué, affolé… ce sont cinquante nuances de sourires qu’elle déploie comme autant de stratagèmes pour affronter l’immensité du monde et l’adversité tapie à chaque coin de rue… Sourire est un impératif de survie sociale – dans son petit monde intime, compliqué, on comprend surtout que ne pas sourire, c’est baisser la garde…
Sous la comédie vitaminée se dessine une description très juste, tout à fait passionnante, distanciée juste ce qu’il faut, d’un état dépressif et de troubles comportementaux qui, pour être invisibles, n’en sont pas moins sacrément handicapants. Et au passage, la réalisatrice nous partage, expérience à l’appui, un genre de vade-mecum optimiste pour arriver à s’en dépatouiller sinon s’en débarrasser. Autour de Marie Rémond pétille un casting « premier choix » – dont un Gus Kervern des plus attachants, inénarrable deus ex machina qui parvient à nous passionner conjointement pour les chèvres myotoniques et l’autobiographie d’André Agassi (si, si).