Seuls les rebelles
Réalisation : Danielle Arbid
Casting : Hiam Abbass, Amine Benrachid, Shaden Fakih
Scénario : Danielle Arbid
Type de film : Fiction
Pays : France, Liban
Année : 2025
Durée : 105 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 24/06/2026
Pas d’horaire trouvé
Seuls les rebelles est l’histoire d’un amour impossible, qui magnifie à travers les sentiments une résistance farouche à un ordre établi et considéré comme inéluctable. Suzanne, veuve palestinienne d’une soixantaine d’années qui vit à Beyrouth, vient au secours d’Osmane, un jeune immigré soudanais, victime d’un tabassage dans la rue. Agression malheureusement courante dans un pays où l’hostilité aux travailleurs immigrés subsahariens est terriblement ordinaire. Suzanne soigne Osmane puis l’héberge chez elle. Une amitié naît et, peu à peu, entre ces deux êtres si loin si proches, le désir puis l’amour s’immiscent (concrétisation à l’écran dans une scène superbe de danse). Évidemment cette relation fait rapidement jaser et la conduite de Suzanne est bruyamment désapprouvée par ses collègues de travail (elle est employée dans un magasin de tissus), tranquillement racistes, qui ne voient dans ce jeune homme noir qu’un profiteur potentiel. Et elle ne sera pas davantage comprise, ni soutenue par sa fille, preuve que les jeunes peuvent être aussi rétrogrades que leurs aînés…
Danielle Arbid décrit magnifiquement la construction et la consolidation de cet amour – grâce en particulier à la performance tout en nuances d’Hiam Abbas –, sans jamais en nier la complexité, ni l’ambiguïté. Chacun jugera si Suzanne ou Osmane songent ou pas à profiter des sentiments de l’autre… En filigrane, le film raconte aussi les paradoxes de la société libanaise multiconfessionnelle, fruit des nombreuses occupations, qui est frappée d’un racisme systémique envers les nouveaux arrivants.
Seuls les rebelles devait tout naturellement être tourné à Beyrouth, tout était prêt… C’est alors que les bombardements israéliens ont frappé la ville, interdisant le travail d’une équipe de cinéma… Que faire ? Renoncer ? Reconstituer la capitale libanaise dans une autre ville méditerranéenne ? L’inventive Danielle Arbid a choisi une autre option : projeter derrière les acteurs les images de Beyrouth. C’est visuellement fascinant, intégrant en boucle par exemple des écrans de télé qui rendent compte du chaos de la région. Le dispositif est volontairement artificiel mais il rend génialement compte de ce cinéma de l’empêchement, il traduit avec une incroyable force expressive la réalité quotidienne des habitants. Il faut ici souligner le travail exceptionnel de la directrice de la photographie, la Française Céline Bozon, qui crée pour nous un Beyrouth surréel, sidérant de beauté.



