Mémoire de fille
Réalisation : Judith Godrèche
Casting : Tess Barthélemy, Valérie Dréville, Victor Bonnel, Ariane Labed
Scénario : Judith Godrèche
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 120 mn
Sortie nationale : 30/09/2026
Jeudi 01 octobre à 20:10 à Avignon.
La séance du jeudi 1er octobre à 20h10 sera suivie d’une rencontre avec Tess Barthélemy, actrice principale du film. En partenariat avec le Collectif Droits des Femmes Vaucluse
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Dans Mémoire de fille, le roman, il s’agit d’un court passage, quatre lignes à peine : « Elle a au coin de la lèvre gauche une cicatrice en forme de griffe – invisible sur la photo – consécutive à une chute sur un tesson de bouteille à trois ans. » Cette cicatrice devient pourtant un détail fondamental dans l’adaptation à l’os par Judith Godrèche du récit d’Annie Ernaux publié en 2016, dans son deuxième long métrage en tant que réalisatrice. Et cette adaptation est une forme d’événement, par celle devenue une figure de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, dans la société civile en général, et le cinéma français en particulier.
Le film commence, comme dans le roman, par le désir impérieux exprimé par la narratrice, ici, une voix off, de replonger au cœur de l’été 1958 à « S dans l’Orne », à la recherche de souvenirs les plus précis possibles. Cet été est celui au cours duquel Annie, alors Duchesne, devint monitrice, dans une colonie de vacances où elle allait fêter ses 18 ans (« ils n’avaient été qu’une poignée à être passés dans sa chambre boire un verre et grignoter, s’éclipsant vite »). Celui au cours duquel Annie, encore vierge, n’ayant jamais vu d’homme nu, fut emmenée au beau milieu d’une « surpat » dans sa chambre par « H », le moniteur en chef, qui lui demanda de se déshabiller, et força entre ses cuisses « l’énormité et la rigidité du membre », malgré sa douleur.
À travers Annie, incarnée par la fille de la réalisatrice, Tess Barthélemy, Judith Godrèche, comme Annie Ernaux, interroge l’immensité de la zone grise, contre laquelle la jeune héroïne cogne son propre désir. « Je me passe et repasse la scène dont l’horreur ne s’est pas atténuée, celle d’avoir été aussi misérable, une chienne qui vient mendier des caresses et reçoit un coup de pied », écrivait l’autrice. À l’écran, cette séquence, hélas fondatrice dans sa mémoire de fille, se déroule dans une chambre aux allures de cellule, sous la lumière crue d’une ampoule nue, seul témoin de l’absence totale de consentement éclairé d’une Annie stupéfaite, qui subit ensuite l’outrageante question : « C’est laquelle, ta savonnette ? »
La mise en scène de Judith Godrèche accompagne à la trace le mélange de désir, de stupéfaction et de désespoir de la jeune fille, quitte à répéter jusqu’à l’overdose les plans et gros plans sur le – certes – fascinant visage de Tess Barthélemy, et cette cicatrice. Sans omettre certaines maladresses, comme la transposition contemporaine du personnage, face à une Annie Ernaux de fiction.
Mais la très délicate entreprise de représentation de la douloureuse introspection menée par Annie Ernaux, cinquante-huit ans après cet été qui marqua son esprit et son corps au fer rouge, est dignement conduite par Godrèche. Et la violence de ce que l’on appellerait aujourd’hui le slut shaming et le mépris de classe dont usent avec la plus grande cruauté les collègues moniteurs et monitrices d’Annie, montrée avec une grande justesse. (Caroline Besse, Télérama)



