Autofiction

Amarga Navidad

Réalisation : Pedro Almodóvar
Casting : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo
Scénario : Pedro Almodóvar
Récompenses : Festival de Cannes 2026 – Sélection officielle, en compétition

Type de film : Fiction
Pays : Espagne
Année : 2026
Durée : 111 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 20/05/2026

Lundi 25 mai
13:50
Manutention
16:10
Manutention
20:40
Manutention
Mardi 26 mai
12:00
Manutention
18:30
Manutention
Mercredi 27 mai
12:00
Manutention
20:45
Manutention
Jeudi 28 mai
14:15
Manutention
20:50
Manutention
Vendredi 29 mai
14:00
Manutention
18:45
Manutention
19:00
Manutention
Samedi 30 mai
16:10
Manutention
18:15
République
21:00
Manutention
Dimanche 31 mai
15:30
Manutention
21:00
Manutention
Lundi 01 juin
11:45
Manutention
18:20
Manutention
Mardi 02 juin
14:15
Manutention
18:30
Manutention
21:00
Manutention
Mercredi 03 juin
16:50
Manutention
21:00
Manutention
Jeudi 04 juin
14:00
Manutention
17:40
Manutention
Vendredi 05 juin
12:00
Manutention
19:00
Manutention
Samedi 06 juin
14:10
Manutention
21:00
Manutention
Dimanche 07 juin
14:20
Manutention
18:20
Manutention
Lundi 08 juin
16:30
Manutention
21:00
Manutention
Mardi 09 juin
12:00
Manutention
18:40
Manutention
Mercredi 10 juin
16:15
Manutention
19:10
République
Jeudi 11 juin
18:30
Manutention
Vendredi 12 juin
20:45
Manutention
Samedi 13 juin
14:10
Manutention
19:00
Manutention
Dimanche 14 juin
16:00
République
Lundi 15 juin
14:00
Manutention
Mardi 16 juin
12:00
Manutention
20:45
Manutention
Mercredi 17 juin
12:00
Manutention
Jeudi 18 juin
18:30
Manutention
Vendredi 19 juin
16:00
Manutention
Samedi 20 juin
20:50
Manutention
Dimanche 21 juin
12:20
Manutention
Lundi 22 juin
20:30
Manutention
Mardi 23 juin
15:15
République
Du 25/05/2026 au 23/06/2026 – Prochaines séances

Avec Douleur et gloire, on pensait que Pedro Almodóvar avait tout dit. Qu’il avait, en quelque sorte, écrit ses mémoires : l’enfance, les douleurs, les amours perdues, les amis disparus, la mère – et cette phrase, lancée comme une gifle tardive : « tu n’as pas été un bon fils ». Difficile d’aller plus loin dans l’aveu. Et pourtant, il restait quelque chose. Peut-être le plus délicat. Car cette mère ne se contentait pas de juger, elle mettait aussi en garde : « Ne mets pas ça dans tes films. L’autofiction, ça ne me plaît pas. » Une phrase comme un fil tendu entre la vie et le cinéma – et c’est précisément ce fil qu’explore Amarga navidad, avec une lucidité presque désarmante.

Le film avance alors sur une ligne de crête : jusqu’où peut-on aller quand on puise dans le réel ? A-t-on le droit d’utiliser les douleurs des autres pour nourrir ses histoires ? La question n’est pas neuve, mais Almodóvar la pose ici frontalement, sans se cacher derrière ses habituels éclats de couleur ou ses détours mélodramatiques. On pense à cette idée du poète Czesław Miłosz : rien ne fragilise davantage une famille que la présence d’un écrivain. Ou d’un cinéaste.

Au cœur du film, une mise en abyme à tiroirs. Elsa (Bárbara Lennie), réalisatrice en panne, est terrassée par une migraine et une crise de panique en 2004. Mais cette histoire est en réalité celle qu’écrit Raúl (Leonardo Sbaraglia), cinéaste aguerri, en 2026. Un réalisateur écrit sur une réalisatrice qui lui ressemble – et derrière lui, évidemment, Almodóvar lui-même. Jeu de poupées russes, vertige familier : le cinéaste n’a jamais cessé de se raconter, mais rarement avec une telle conscience du dispositif. On entre alors dans un territoire connu, peuplé de motifs chers au réalisateur : la création, le désir, la mémoire, les figures féminines fortes, les fidélités et les trahisons. Le risque serait de s’y installer confortablement. Mais Amarga navidad (on préfère définitivement le titre original) déjoue peu à peu cette impression. La mécanique se précise, les transitions entre les différents niveaux de récit deviennent presque invisibles, et le film glisse avec une fluidité troublante entre passé, présent et fiction.

Et puis survient une scène. Longue, tendue, presque nue. Une conversation entre Leonardo Sbaraglia et Aitana Sánchez-Gijón. Deux corps, deux voix, une caméra qui tourne autour d’eux sans jamais les lâcher. Le cinéma d’Almodóvar se resserre, abandonne ses ornements, et touche à quelque chose de plus brut. On pourrait croire à une pièce de théâtre, tant la parole y devient centrale, presque dangereuse. C’est là que le film bascule. Ce que l’on prenait pour une variation élégante sur ses thèmes de prédilection devient soudain une mise à nu. Le cinéaste regarde ses propres gestes, ses propres emprunts, et reconnaît – sans les excuser – les zones troubles de son travail. L’autofiction n’est plus un jeu : c’est un terrain miné.

Le film laisse le personnage – ou peut-être le cinéaste lui-même – face à un écran, le curseur clignotant. Rien n’est résolu. Rien ne peut l’être vraiment. On n’écrit jamais une histoire depuis son point final, encore moins quand il s’agit de sa propre vie. Mais quelque chose persiste, obstinément : le mouvement même de la création. Fragile, incertain, mais toujours en train de battre. (d’après Laura Pérez, Fotogramas)

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